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Soutenir un modèle agricole viable pour l’homme et l’environnement

L’agriculture durable désigne des modes de culture et de production calquées sur les principes du développement durable. Il n’existe pas de cadre spécifique, il s’agit d’un cap vers lequel il faut tendre. Les agriculteurs s’engagent dans des démarches visant à limiter le recours aux pesticides, à respecter le travail des hommes comme les processus naturels que sont l’eau, le soleil, la terre et les animaux et à soutenir un modèle économique viable pour le producteur.

alimentation et agriculture durables

Le choix de ce modèle de transition  peut s’envisager comme un entre-deux entre la production conventionnelle et biologique voire une étape intermédiaire au tout-bio. Le laboESS, think thank sur l’Economie Sociale et Solidaire organisait un séminaire sur le sujet en novembre dernier.

Un des intervenant, Jacques MORINEAU, paysan en Vendée et référent national du réseau de coopératif des CIVAM indiquait que, jusqu’en 2000, il subsistait de vraies réticences au changement de modes de  production. Depuis, il s’est opéré une vraie mutation en faveur de l’agriculture durable et cela s’accélère depuis  4/5 ans.

Un changement de cap

Les logiques de « l’ancien monde » semblent entaillées par de nouveaux éléments. Tout d’abord, la prise de conscience de l’impact d’une alimentation saine  est un véritable plébiscite pour une alimentation durable.   Le consommateur de plus en plus « éclairé » a,  par ses choix,  la capacité d’influer les stratégies des acteurs agro-alimentaires ; «cela aura beaucoup plus d’impact que la Politique d’Agricole Commune » selon l’un des intervenants de la table ronde du laboESS.

Ensuite,  dans un contexte de tension énergétique, la question du transport et de l’acheminent des produits est centrale ; les producteurs se regroupent pour optimiser la logistique. Dans cette nouvelle perspective,  le modèle des coopératives est le modèle d’avenir.

« la santé sera un levier puissant  pour faire bouger les lignes »

Philippe Pointereau, Directeur du pôle Agro-Environnement de l’association Solagro lors du séminaire Agriculture & Alimentation durables  du labo ESS.

Répondre à l’urgence

L’association SOLAGRO a élaboré un plan d’action pour mettre en œuvre l’agriculture durable sur tout le territoire. Initié en 2010, le Scénario Afteress 2050  rassemble chercheurs et experts qui mènent des expérimentations dans certaines régions de France.  Leurs travaux devront faciliter la transition agricole, alimentaire et climatique pour 2050.

Globalement,  on s’oriente vers une alimentation moins carnée,  mais cela soulève deux nouveaux enjeux : développer la filière végétale, et être en capacité de répondre à la demande pour le bio.

agriculture-bioLe chemin reste difficile de l’avis de certains. A titre d’exemple, le problème de la juste rémunération des paysans subsiste dans les négociations avec les centrales d’achats. L’usage des pesticides reste en suspens. Lancé en 2008 à la suite du Grenelle Environnement, le Plan ecophyto visait à réduire  progressivement l’utilisation des pesticides. Dans les faits, rien ne semble bouger, le recours aux pesticides serait même en augmentation.

Sur le volet formation, l’état a modifié tout le programme dans l’enseignement supérieur.  Pour autant, les promotions restent coupées en 2 entre ceux qui sont pro-agriculture conventionnelle et ceux qui sont plutôt vers le changement.

 « On n’ose pas financer la transition, et on continue de financer l’ancien monde,  on est pourtant pas dans des politiques publique agricoles sans financement » un intervenant du séminaire du Labo ESS

agriculture durable

Comment garantir une alimentation de qualité ?

1/ 0% pesticides dans le cahier des charges bio

2/ Cuisiner avec des produits simples

3/ Refaire de l’éducation populaire sur l’alimentation

Réussir la transition alimentaire :

développer des synergies sur les territoires et mobiliser les citoyens

Développer des synergies sur le territoire

 

Le cabinet Utopies a lancé une étude pour évaluer le degré d’autonomie alimentaire des 100 premières aires urbaines françaises.  L’autonomie alimentaire des villes est de 2% : en d’autres termes 98% des produits consommés sont importés. Cela s’explique principalement par les spécialisations des territoires en termes de culture.

La question est de savoir si les villes se donnent vraiment les facultés de conserver les terres cultivables. Les Plans alimentaires territorialisés semblent être l’espace le plus approprié pour faire la transition avec la condition «d’élus motivés ».

Le transport des denrées et produits est un enjeu majeur ; pour réduire le recours aux énergies fossiles, une économie de la distribution en proximité se développe.

Pour accompagner la transition alimentaire, L’Economie Sociale et Solidaire est particulièrement dynamique et offre un foisonnement d’idées et d’initiatives. Sur son site le Labo Ess répertorie  un certain nombre d’initiatives inspirantes en matière d’alimentation  et d’agriculture durables  (à voir ici)

L’exemple en région Rhône-Alpes : le Groupement régional alimentaire de proximité (GRAP)

Le GRAP, Groupement Régional Alimentaire de Proximité, est une coopérative réunissant des activités de transformation et de distribution pour favoriser  l’alimentation bio-locale. L’épicerie bio  « les3 ptits pois » à Lyon a été à l’origine du mouvement.

GRAP, Groupement Régional Alimentaire de Proximité,

Le collectif regroupe une diversité d’acteurs : Transformation  alimentaire en bio, marchands de vin, patisserie, épicerie… Le groupement mutualise  le système  informatique, l’accompagnement des activités, la logistique dans un rayon de 150 kms autour de Lyon.

Selon Jean-Luc Chautagnat, développeur du réseau,  la coopération dépend beaucoup du système de gouvernance ; un maximum de salariés y sont associés. Le GRAP a le statut de SCIC SA. C’est également une CAE (Coopérative d’Activité et d’Emploi) qui héberge des entrepreneurs.

« Ce qui unit les membres du groupement c’est une vision d’une alimentation  principalement bio, en  circuits courts et  développant des modèles coopératifs d’activité et d’emploi (CAE) ».  Jean-Luc Chautagnat, développeur du réseau GRAP

Le groupement  fait appel à 5% d’aides publiques, la grande majorité des activités sont autofinancées.

Le groupement compte 100 salariés pour 11 millions  de CA consolidé.

« Avec ce type de groupement,  on arrive à optimiser le transport et le sourcing », Jean-Luc Chautagnat

L’exemple d’Open Food Network :  La mise en réseau

open food network franceOpen Food Network est une plate-forme qui rassemble l’offre en circuits courts.  Open Food  a créé un outil logiciel qui permet à des communautés « d’organiser leur propre circuit de distribution de façon indépendante et décentralisée, selon le modèle qu’ils souhaitent », explique Myriam Boure co-fondatrice d’ Open Food France. La plateforme est à la fois une place de marché et un outil de gestion commerciale pour les opérateurs de circuits courts. Son antenne française Open Food France est une association se développe en SCIC.

« On est en train de créer une  organisation collaborative distribuée »  Myriam Boure co-fondatrice

Mobiliser les citoyens

L’exemple de la ville de Grande-Synthe

Située en périphérie de Dunkerque, la ville de Grande-Synthe, 24500 habitants, fait figure de ville laboratoire. Sinistrée économiquement, la ville a fait le choix de l’agriculture durable pour son développement économique et sociale. Pour  traiter l’urgence sociale et alimentaire, son maire a placé l’agriculture urbaine au cœur de son engagement. Pour ce faire, la ville, qui fait partie du réseau des villes en transition, mise sur la pédagogie et l’expérimentation.

ville grande synthe agriculture durable

crédit photo : ville de Grande Synthe

La municipalité a favorisé le développement des jardins en pied d’immeuble sans produits phytosanitaires.  Une ceinture boisée entoure la ville  et des vergers en pleine ville sont accessibles à tous. Les initiatives des habitants sont encouragées et faciliter l’accès au statut d’acteur-entrepreneur. Un groupement d’achat solidaire a été créé à l’initiative d’habitants.

La forêt comestible, une idée de l’association La Forêt qui se mange, doit permettre l’accès à la culture et l’alimentation bio pour tous sur un terrain de 5 300 m². La ville fait appel pour partie au financement public  (Etat, Ademe, Europe).

La ville propose du 100% bio depuis 2010 dans toutes les cantines ; elle a obtenu le label « cantines rebelles ».

« Les gens se sont réappropriés les pieds d’immeuble. Ce sont des actions qui ne coûtent pas cher »

Jean-Christrophe Lipovac, conseiller technique développement durable, ville en transition, Mairie de Grande-Synthe

IL y a un enjeu d’éducation populaire pour opérer la transition culturelle. La mairie travaille pour cela avec les maisons de quartier.  La ville a lancé un appel aux maraîchers pour contribuer à son projet de ferme urbaine.

« on est en plein test pour créer une autre forme de développement », Jean-Christrophe Lipovac

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