[:fr]Dans son rapport « mission coworking » remis au gouvernement en septembre 2018, Patrick Levy Waitz identifiait 1800 tiers-lieux sur tout le territoire. Seuls 40% seraient rentables. L’activité de ces lieux est fonction de leur typologie : coworking, fablab, makerspace, living lab. Le loyer constitue le premier poste de dépenses. Par ailleurs, il n’y a pas de gouvernance type, toutefois le modèle associatif domine.

Passé le cap de l’état des lieux, l’étude émet des propositions pour consolider ce mouvement de lieux hybrides en particulier : création de 300 «fabriques de territoires », et implication de l’état comme facilitateur.

 

cartographie des lieux hybrides terra nova

crédit photo : Prima Terra

 

Quels regards portent les « faiseurs » de tiers-lieux sur ces données et constat ?

Pour Fabrice Lextrait un des fondateurs de la friche Belle de Mai, intervenu lors d’une table ronde organisée par le FAR (l’accélérateur des projets culturels du groupe SOS) le 14 novembre dernier, la typologie des lieux présentée dans l’étude « mission coworking » est trop rigoriste. On enferme les lieux dans une logique d’utilité alors que tous ces lieux sont par nature culturels. Ils servent certes une cause ou rendent un service mais il est fondamental selon lui que subsiste une démarche culturelle transverse à tous ses lieux.

 

Pour Juliette Bompoint, directrice de Mains d’œuvres, tiers-lieu à Saint Ouen, ces lieux continuent d’être des vrais « capteurs d’innovation, en proximité avec la génération d’idées, des formes d’hybridation et d’expérimentation ».

Pour la directrice de Mains d’œuvre, la forme juridique est déterminante. Notamment, la société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) reste une caution juridique et permet  de garantir un ensemble vertueux.

Elle attire l’attention sur le fait que les tiers-lieux évoqués dans l’étude mutualisent d’abord du matériel : la mutualisation des compétences comme cela est possible dans les groupements d’employeurs est pourtant bien plus créatrice de valeur.

 

En résumé, il convient d’abord et avant de s’interroger sur la raison d’être de ces lieux, la viabilité du projet collectif est sera plus forte.

 

Des lieux à l’image des mutations de notre société

Ces lieux sont encore « instables » et se placent sur un terrain très nouveau selon Raphaël Besson chercheur et urbaniste. Ils s’affranchissent des acteurs conventionnels pour créer de nouvelles formes de valeur.

Selon l’urbaniste,  ces espaces s’inscrivent dans les mutations de la société et  les tensions générées:

L’artiste versus art collaboratif

L’institution versus agilité

Le code juridique versus code source

La carte de paiement versus versus carte d’électeur

Science versus savoirs informels

Marché versus communs

Innovation technique vs innovation sociale

Upperground versus underground

 

historique des tiers-lieux

A l’occasion de la table ronde du FAR, Caroline Couraud, agence troisième pôle, a rappelé les différents courants qui ont façonné ces lieux. Le troisième lieu d’Oldenburg « ni à la maison ni au bureau » inscrit les relations humaines dans des espaces de sociabilité et d’interaction que sont par exemple les bibliothèques ou encore les cafés.

Le MIT inaugure une nouvelle ère du faire avec le réseau des fablabs. Dans le même temps, le mouvement des makers accentue le besoin d’espaces pour prototyper et expérimenter.

Des mouvements de pensée axés sur la culture décrivent l’émergence de ces espaces alternatifs et valorisation des territoires par les activités artistiques (étude de Fabrice Lextrait, travaux d’Elsa Vivant chercheur-urbaniste sur la ville créative, rapport sur l’entrepreneuriat culturel de Stephen Hearn)

 

On retiendra enfin que l’hybridation est nécessaire pour un modèle économique viable et qu’il conviendra de penser des mesures d’impact social qui font défaut aujourd’hui pour véritablement qualifier et valoriser l’impact de ces lieux.

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