Expérimenter, faire et partager : bienvenue dans le monde des makers

festival des fablabs et makers toulouse 2017
La 7e édition du fablab festival de Toulouse s’est tenue du 11 au 14 mai 2017  chez  Artilec, premier fablab français.  Ce rendez-vous incontournable des makers  a rassemblé des projets issus de fablabs du monde entier autour de cinq thématiques phares : société, environnement, art et création, villes et territoires, innovation et technologie.
L’occasion de mettre en lumière ce mouvement des makers et s’interroger sur la manière dont il peut impacter notre manière de voir et de faire le monde.
Les makers apportent-ils une réponse aux enjeux de société ? Est-ce la revalorisation de l’intelligence du « faire » ? L’avénement d’un nouveau mode d’intelligence collective ?  Un moyen efficace de tester des idées ? Partons à la rencontre du mouvement makers et de ces tiers lieux pour obtenir des éléments de réponse.

1. Le mouvement des makers

Popularisé au début des années 2000, le terme makers désigne une  communauté hétéroclite allant des bricoleurs, amateurs du DIY (faire soi-même) aux profils ingénieurs ou issus du monde numérique. Le socle commun qui cimente cette communauté est la recherche du faire par soi-même avec l’appui des outils numériques et le partage des connaissances.
L’esprit « Maker »  peut être défini par la culture de l’apprentissage  et l’innovation ouverte. L’erreur n’est pas un frein mais une démarche à part entière pour apprendre et expérimenter.
Il n’est cependant par simple de rassembler sous le seul terme « maker » des démarches et des motivations qui peuvent être très différentes.
Certains viennent dans des tiers-lieux comme les fablabs avec principale finalité la fabrication d’objets et la possibilité de prototyper rapidement une idée. D’autres y viennent aussi avec la conviction de participer à un mouvement alternatif à l’hyper-consommation et la logique industrielle. En tous les cas, c’est certainement une autre manière de faire ensemble, une opportunité de décloisonner les savoirs, d’encourager sa propre créativité.
« Les makers veulent avant tout cesser de jouer les consommateurs passifs. Ils souhaitent être des acteurs au sein du système ».  propos entendus à l’occasion d’échanges au fablab festival de Toulouse.

2. Le Fablab, au coeur de la fabrication numérique collective

Un fablab est un lieu collaboratif dans lequel le grand public comme les professionnels ont accès, après une formation, à des outils et machines, notamment des machines à commande numérique (machine contrôlée par ordinateur), qui permettent de fabriquer ses idées.
Les machines les plus emblématiques des fablabs sont les imprimantes 3D et les machines  de découpe laser / vinyle.
imprimante 3D villette makerz
 Imprimante 3D chez Villette Makerz, fablab parisien
Les fablabs se sont d’abord développés aux Etats Unis. En 2001, au MIT (l’Institut de technologie du Massachusetts), le professeur Neil Gershenfeld  identifie les germes de la prochaine révolution industrielle; il pose le concept de fablab en proposant à ses étudiants de fabriquer  « n’importe quoi  » par la mise à disposition d’outils de fabrication numérique. De ces expériences collaboratives et open source naitront la charte et les fondamentaux qui préexistent à la constitution de tout fablab.
Le mouvement des fablabs s’est répandu rapidement dans le monde. On compte aujourd’hui  850 tiers lieux (tous types de structures confondues) disséminés  sur tous les continents.
Un makerspace est un terme aussi  souvent employé pour désigner l’ensemble des tiers lieux où prévalent l’expérimentation, le recours au numérique et l’apprentissage de pair à pair.
carte fablabs
source : site makery
Le site makery.fr propose une carte évolutive des fablabs en France et dans le monde
 
Pour être accrédité « fablab », chaque structure  doit se conforter à la charte des fablabs éditée par le MIT.
La charte des fablabs ici
Chaque fablab est différent et tient sa spécificité à la communauté qui la fréquente.
« Le savoir est mis en commun et l’échange est constant. C’est vraiment l’esprit des fablabs et du mouvement des makers. On encourage d’ailleurs les gens à transmettre leurs découvertes et leurs connaissances. “ Camille Villette, fabmanager chez Villette Makerz
3 . Hackerspace  ou l’informatique en open source
Les hackerspaces sont des  espaces informels (à l’origine ils pouvaient même être des squats) dédiés  au développement de projets informatiques en particulier de logiciels libres. Nés dans les années 90, ils rassemblent souvent une communauté prompte à détourner codes, hardware et réseaux pour s’en réapproprier l’usage.
4 . Le bioackhing et les bio labs
Un bio-hackerspace  est un laboratoire communautaire spécialisé dans les technologies du vivant qui mêlent biologie, numérique, agriculture, économie circulaire. L’objectif est de rendre accessible au plus grand nombre les données de la recherche afin d’être en capacité de mener ses propres expérimentations.
La paillasse à Paris est le premier biohackerspace de France
ellen jorgenssen Genspace
 crédit photo : Evan Kafka
En 2010, à New York, Ellen Jorgenssen, chercheur en biologie moléculaire, a co-fondé Genspace l’un des premiers laboratoires communautaires. Elle est l’une des figures emblématiques des biohackers et revendique la liberté d’expérimentation dans les sciences du vivant.
 
Les labs d’entreprise
Certains grands groupes se sont inspirés de la dynamique des fablabs pour créer leur propre structure interne comme le Gaz lab de GRDF, Le Playlab d’Airbus ou encore le Seb lab.
A la différence des fablabs, les labs d’entreprise ne sont pas ouverts au public et ne sont pas régis par la charte des fablabs. Cependant, les objectifs restent les mêmes qu’un fablab : encourager les phases de créativité collective et le partage des compétences et accélérer l’innovation grâce au prototypage rapide.
L’objectif récurrent des managers des labs d’entreprise présents au festival de Toulouse est bien de « casser les silos » et d’impulser une dynamique d’innovation transversale. Toutefois, il faut être en capacité de rallier la direction et sans cesse réaffirmer la légitimité du lieu et des démarches engagées.

 

Le mouvement FABCITY
Le mouvement fabcity est un mouvement global porté en Europe par l’université de Barcelone pour accompagner les villes dans leur mutation économique et écologique. L’objectif est de tendre vers une production locale des biens consommés. Le modèle d’une ville auto-suffisante et connectée doit permettre de faire émerger plus d’inclusion sociale, en remettant le citoyen au cœur du process et plus de sobriété énergétique, en dotant la ville d’unités de fabrication, type fablabs, pour une production locale.
Aujourd’hui 16 villes sont impliquées dans le réseau fabcity.
 modele de la fabcity
source : fabcity
Pour la fabcity, l’enjeu consiste à passer d’un modèle PITO (« product in, trash out »), au modèle DIDO (« data in, data out »)
Grâce aux réseaux et la technologie déjà disponibles, Chris Wilkinsion directeur technique chez SMD et membre du Fabfoundation souligne que de grandes opportunités existent déjà pour construire un nouveau format de commerce.  Aujourd’hui, on peut très bien concevoir un produit ou objet dans un pays,  et relocaliser la production là où le produit sera effectivement consommé. Grâce aux nouveaux procédés technologiques, « seules les données sont échangées, les marchandises ne voyagent plus ».
7. Des innovations issues des fablabs
Repérées au festival des fablabs, ces initiatives proposent chacune à leur manière une solution créative et une démarche bienveillante pour répondre à une problématique donnée.

 

// La Maker Auto, ou le fablab monté sur 4 roues //
Démarche : Insuffler une démarche de créativité et rendre accessible les outils d’un fablab au plus grand nombre
makers
 crédit photo : Makers’ asylum
Tout est prévu dans cette camionnette pour aller à la rencontre des gens dans les rues de Mumbai et les encourager à être « makers ».
 Makers’s Asylum à Mumbai en Inde
// Print my Leg, mon corps en kit  //
Démarche : Aider les handicapés à concevoir des prothèses à des prix accessibles et contribuer à changer la perception du handicap
print my leg
crédit photo : print my leg
Print My Leg est un projet qui propose aux handicapés de réaliser leurs propres prothèses à moindre coût grâce aux outils numériques. Christophe Debard, à l’initiative du projet, cherche à concevoir des prothèses qui soient à la fois fonctionnelles et esthétiques. Le premier prototype de sa prothèse de jambe électroluminescente a été officiellement présenté lors du festival de Toulouse. Lignes futuristes, design épuré, le résultat est spectaculaire et « top fashion »…
Le projet est développé en association avec My Human kit, atelier de fabrication numérique basé à Rennes qui développe des prothèses avec les handicapés.
//  Ludobox, jeux de société en open source   //
Démarche : Créer du lien et « faire » plutôt que « consommer » du jouet

 

Jeu de cartes « le bon candi-dé ! » à télécharger et faire soi-même:
Dcalk jeu de dés à téléchargerSMLXL

Crédit photo : Dcalk
Ludobox est une ludothèque version numérique qui propose des jeux de société en accès libre à réaliser soi-même. L’idée est d’encourager la convivialité et proposer une alternative à la surconsommation de jouets en les fabriquant soi-même.
Ressources et téléchargements :
//  Café des Sports, des champignons bons pour le recyclage  //
Démarche : agir sur l’environnement en proposant une solution créative de recyclage des déchets
boite a champignonsSLXLM

 crédit photo : la boîte à champignons

 

L’association Café des Sports recycle le mar de café et autres déchets pour faire pousser des pleurotes. L’association propose des kits prêts à l’emploi très « design » pour cultiver chez soi ses propres champignons.

 

// Le Lab Online, plateforme collaborative pour concevoir des objets utiles, accessible et durables //
Démarche : partager des tutoriels en ligne de solutions low tech et contribuer au développement durable
Le low tech lab, à l’initiative du projet, répertorie et diffuse des solutions durables « à faire soi-même » qui font appel aux low-technologies. La low technologie privilégie les matériaux de récupération et faiblement impactants sur l’environnement. L’ esprit low tech c’est « faire mieux avec moins »
Low tech LabSMLXL

Source : low tech lab
Agenda
La conférence internationale des fablabs, FAB14, Paris, courant 2018
Ressources à consulter
Le site du réseau français des fablabs : www.fablab.fr
Le site de l’actualité des makers et des fablabs : www. makery.fr
Le livre de Chris Anderson, « Makers: la nouvelle révolution industrielle »
Le livre de Krzyszto Nawratek, « Urban Re-industrialization »
En savoir plus ?
contactez Aude de Bourgues