Qu’est-ce que réussir au XXIe siècle ? C’est la question qui a été posée à différents acteurs de l’éducation lors d’une UPconférence du groupe SOS le 13 novembre dernier. Que devons-nous apprendre aujourd’hui pour mener à l’individu et le citoyen accompli que chacun aspire à être ? L’enjeu est de taille pour l’école. Et si la question de l’éducation dépassait le cadre de l’école ?

 

 

1/ La notion d’échec et réussite : faire la révolution à l’école ?

 

La réussite au-delà des connaissances académiques

De l’avis général, l’école valorise encore trop peu les qualités de savoir-être (ou soft skills) des élèves que sont la coopération, l’empathie ou encore la connaissance de soi.

Dans un monde qui évolue vite et où nombre de métiers n’existent pas encore, les compétences techniques seront dépassées alors que les compétences dites « douces » seront d’autant plus valorisées.

Alors, où en est l’école ?

Florence Rizzo fondatrice de Synlab, association qui œuvre pour la transition éducative, rappelle que l’éducation, et donc sa transformation, nécessite du temps long alors que les réformes qui se succèdent s’inscrivent dans une nécessité de résultats court-termistes. Aussi, sur les 900 000 enseignants et 20 000 chefs d’établissement que compte l’éducation nationale, il faut pouvoir encourager les bonnes pratiques et partager ce qui marche et ce qui fonctionne moins bien. C’est en tous les cas la démarche de Synlab qui déploie un réseau visant à fédérer les enseignants car c’est « avec eux qu’il faut travailler pour une école publique de qualité ».

 

Il ne s’agit pas, selon Manon Costinot statisticienne à l’OCDE, d’opposer les fondamentaux avec  les compétences douces mais comprendre que la réussite s’inscrit « au-delà des connaissances académiques».

 

Mais qu’est-ce que réussir alors ? C’est « persévérer dans la  recherche de son idéal malgré les échecs » résume  Synlab qui encourage l’émulation collective sur sa plateforme pour tirer profit des expérimentations qui se conduisent ici et là.

 

La nécessaire mobilisation de tous les acteurs de l’éducation

  • Préparer les enseignants

Le rôle des directeurs comme des enseignants est fondamental pour créer un environnement qui encourage les enfants à coopérer et valoriser les processus d’apprentissage par l’erreur. Cependant, selon l’OCDE,   40%  des enseignants au collège en France disent ne pas se sentir assez formés pour accompagner cette transition.

La formation initiale et continue des professeurs est certes un premier levier à actionner. Pour autant, comment amener tous les élèves d’une classe vers la réussite ? Déployer plusieurs méthodes d’enseignement en fonction des élèves qui sont dans la classe  pourrait être une piste avance la représentante de l’OCDE. A titre d’exemple, le Royaume Uni a adapté l’évaluation de ses enseignants en fonction de leur capacité à s’adapter aux élèves de leur classe.

 

Des ressources disponibles en ligne

Synlab

bâtisseurs des possibles mettanovaLes Bâtisseurs des possibles : Les Bâtisseurs des possibles est un dispositif déployé par Synlab pour permettre aux enfants de relever des défis de société. Le dispositif met à disposition des enseignants des outils en ligne. L’objectif est de mobiliser et motiver les élèves dans leurs apprentissages, notamment les élèves en difficulté.

 

A télécharger : vue d’ensemble de la démarche Bâtisseurs des possibles

A télécharger : guide de l’enseignant Bâtisseurs des possibles « pour accompagner vos élèves à questionner le monde et à agir »

 

Réseau Respire : réseau qui permet aux enseignants de partager des ressources éducatives et d’échanger sur les expériences

1500 expérimentations pédagogiques en cours

 

  • Elargir le cadre des apprentissages et mutualiser les ressources sur un territoire

La  généralisation des expériences positives n’est pas une fin en soi. Ce qui marche quelque part, ne marchera pas forcément ailleurs.  Les réponses peuvent aussi s’envisager en fonction des besoins spécifiques d’une classe ou d’un territoire note Angélique Figari,  chef de projet territoire apprenant chez Ashoka.

Etre acteur de cette transition éducative ce peut être mettre en synergie des acteurs d’espaces éducatifs comme l’école avec par exemple des associations sportives ou culturelles pour imaginer d’autres scénarios d’apprentissage.

La révolution est de taille. En effet, ceci nécessite un énorme « enjeu d’inspiration et d’incitation et de soutien partagé pour poursuivre les efforts d’innovation nécessaires » (Asoka).

 

2/ Changer de paradigme  pour réconcilier l’individuel et le collectif

 

  • cultiver la singularité  de chacun pour aider à être « soi »

 

à nous de jouer filmL’écrasante majorité des gens subisse le poids de la réussite sociale et de l’argent, «ils n’ont pas le choix » dénonce Antoine Fromental, réalisateur documentaire « A nous de jouer ! ».

Pour autant, l’expérimentation menée au sein du collège  Jean Macé de Clichy et filmée pendant 4 ans par Antoine Fromental  montre que d’autres voies sont possibles. Dans son film, le réalisateur fait partager le quotidien de collégiens de classes « à thèmes» à la pédagogie alternative. Le proviseur de l’établissement a entrepris une démarche engagée d’amener tous ses élèves vers la voie de la réussite.

Dans ce modèle, tout doit concourir à aider l’enfant à exprimer ce qu’il est profondément. Ceci peut passer par un enseignement à la carte.  L’idée est qu’il coexiste une variété de propositions pédagogiques pour l’élève.

 

Créer un environnement pour favoriser l’éclosion de ces compétences : classe sans notes, classe à projet (rugby, théâtre), parcours d’excellence. Le proviseur parie sur les classes à projets là où l’enseignement en frontal  ne fonctionne pas.

Le pari est audacieux mais semble avoir marqué profondément les jeunes qui ont fait le parcours et qui témoignent de la richesse qui leur a apporté dans leur vie.

 

 

  • trouver sa place : aligner ce que je suis avec ce que je fais

 

Le défi de l’éducation est d’aider tout apprenant à réaliser la convergence entre ce qu’il est et ce qu’il aspire à faire.  Ken Robinson, auteur du livre « L’Élément : Quand trouver sa voie peut tout changer ! », cité par Synlab, déclare que réussir c’est trouver le point de jonction entre le talent et la passion.

 

Dans  cette l’idée de la réalisation de soi, le concept d’Ikigaï, philosophie venue d’Okinawa dans le sud du Japon, aide à comprendre ce qui nous anime et mieux cerner notre «raison d’être ».

 

Livre : Trouver son Ikigaï de Christie VANBREMEERSCH

 

« Aligner ce que l’on est avec ce que l’on fait » c’est la clé de la réussite pour Alexandre Pachulski de Talentsoft. De plus en plus en entreprise, il est demandé de savoir prendre des risques, de faire valoir ses aspirations. Cela implique une connaissance et une confiance en soi, qui ne sont pas enseignées dans l’éducation.

 

3/ Un esprit analytique  mais une faible créativité  des  élèves français selon le test Pisa : une fatalité ?

 

Selon l’enquête Pisa menée par l’OCDE qui compare les systèmes d’éducation, la grande majorité des élèves  français ne répondent pas aux questions ouvertes, à savoir celles  qui demandent de la  créativité.

La France conserve une approche quantitative de l’éducation (notes, classement, heures de classe). Or, il ne semble pas y avoir de relation claire entre temps passé et les résultats (selon l’OCDE)  la France montrant des résultats moyens en termes de réussite.

 

Il peut être intéressant de regarder ce qui se fait ailleurs. Par exemple, la Corée cherche à développer  la créativité en mathématiques. Le Danemark  accentue le bien-être et l’engagement en mêlant activités physiques et l’anglais. Au Japon, les compétences douces  sont amenées de manière indirecte : enlever ses chaussures en arrivant à l’école, participer à la préparation des repas ou au nettoyage de la classe.

 

 

4/ Le défi de l’école : équité, bienveillance et esprit collaboratif

 

La scolarisation de masse est un fait acquis. Aujourd’hui, le pari est de réussir l’individualisation des parcours en termes d’organisation, de formation et d’accompagnement et la nécessité de créer une dynamique collaborative.

 

De plus, les innovations devront porter sur la capacité à amener les élèves à développer un ensemble de compétences humanistes autour de la coopération et des enjeux sociétaux et environnementaux auxquels ils devront faire face.

 

Enfin selon l’OCDE, il ne peut y avoir de réussite sans équité. Les pays les mieux classés sont aussi ceux qui ont permis une intégration la plus large possible des élèves.

 

 

Intervenants de la table ronde :

Angélique Figari, chef de projet territoire apprenant chez Ashoka France – Eduflow, réseau qui agit pour l’innovation sociale

Manon Costinot, Statisticienne – Direction de l’éducation de l’OCDE

Antoine Fromental Réalisateur « A nous de jouer ! »

Alexandre Pachulski Co-fondateur de Talentsoft et auteur de Unique(s)

Florence Rizzo Co-fondatrice – SynLab

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