Situé dans le XIXe  arrondissement de Paris, DOC est un squat d’artistes centré sur les nouvelles pratiques de la création contemporaine. Derrière des murs de brique rouge, 3000 m2 accueillent aujourd’hui près d’une centaine de résidents : artistes, artisans, metteurs en scène, comédiens. Alternatifs mais innovants à la fois, les tiers-lieux sont les « crash-tests » d’une fabrique de la ville en devenir.

 Rencontre avec Jean-Philip Lucas, coordinateur du lieu Le Doc et  associé d’Ancoats, une coopérative d’entrepreneurs accompagnant collectifs, tiers lieux et collectivités dans leurs stratégies de développement 

Le squat, un ilôt d’expérimentation collectif et culturel

 L’idée première du collectif ? récupérer des m2 pour les proposer aux artistes en réhabilitant un lieu laissé à l’abandon. Cette idée s’est doublée d’une volonté de contribuer à la création contemporaine et à l’émergence d’une culture de quartier accessible à tous.

 

Malgré une occupation illégale, DOC s’est peu à peu affirmé dans le paysage parisien comme un incontournable de la scène culturelle alternative. Alternative dans le fond et dans la forme. Les artistes revendiquent leur indépendance et il n’est pas rare que soit refusé une manifestation pour ne pas couper ce lien indéfectible que la majorité veut conserver avec leur « liberté » d’être et de penser.

La pérennité du lieu ne compte pour l’instant que sur le bon vouloir de la région, propriétaire du lieu. En l’absence de bail, l’incertitude sur le devenir de DOC perdure, « nous sommes expulsables en 48 heures » rappelle Jean-Philip Lucas.

 

Le bénéfice pour la ville est pourtant là ; le DOC est à ce jour le seul squat à être référencé dans la programmation officielle de Nuit Blanche.  Le collectif a contribué à la rénovation de cet espace vacant à hauteur de 120 000 euros sans compter les énergies des bénévoles impliqués dans le projet. DOC a développé une programmation culturelle pointue bien connue du microcosme artistique et culturel parisienne. Le lieu organise notamment le Festival Libre du Moyen Métrage (FLiMM) – premier festival du moyen métrage en Ile de France. Aujourd’hui, DOC attire près de 15 000 visiteurs et organise près d’une centaine d’événements.

Repenser le rapport à l’art et à la culture

« Vivre une expérience » c’est une tendance qui s’affirme de plus en plus dans la manière d’aborder l’art et plus largement la culture. En soit, DOC participe à cette nouvelle manière d’appréhender la dimension artistique en la mêlant à une dimension sociale en s’ouvrant sur le quartier. Mais « travailler avec le quartier c’est très long » rappelle Jean-Philip, il faut être là sur 3 à 4 ans. Le collectif travaille aussi avec les associations de proximité et s’est largement investi pour développer des liens avec les habitants, même si selon Jean-Philip Lucas, « il est plus facile de faire venir le public de l’art contemporain que de faire venir la population du quartier ».

Mêler les genres. La mixité sociale générée par les rencontres et les événements du Doc et comme la mixité dans ce qu’y est proposé dans la programmation artistique sont vraiment intéressantes, souligne encore Jean-Philip Lucas.

 

Repenser le modèle de gouvernance

DOC expérimente aussi sur le mode de gouvernance qui comme beaucoup de lieux alternatifs se veut le plus participatif et démocratique possible. Le collectif passe d’ailleurs en association collégiale, « c’est-à-dire qu’il n’y a plus de président, tout le monde fait partie de la gouvernance ».

 

Les grandes orientations de l’année sont définies lors d’un séminaire organisé tous les ans. 5 comités de pilotage ont été créés et intègrent les résidents pour prendre en charge les questions liées au bâtiment, l’administration et la trésorerie, les réseaux et la politique, la communication. Ces comités ont vocation à se réunir toutes les 2 à 3 semaines.

« On essaie d’avoir un processus de décision le plus horizontal possible »

Jean-Philip Lucas

coordinateur du DOC

Le financement dans un contexte économique contraint

DOC revendique une logique associative et surtout créative et n’envisage pas de coworking par exemple pour son financement. Parmi les initiatives originales, le Doc a organisé une tombola d’art contemporain qui a permis de récupérer un budget de 35 000 euros. Une cinquantaine d’artistes ont donné une œuvre. L’achat d’un ticket de 100 euros permettait de remporter une sérigraphie et potentiellement une oeuvre.

 Les événements et l’activité « bar » lors des manifestations participent au financement.  Le modèle économique est certes fragile mais il est en phase avec les valeurs soutenues par le Doc : une culture pour tous et accessibles à tous. Cela se traduit par la mise à disposition d’ateliers pour artistes à très faible loyer (5 € le m2) et la gratuité de tous les événements. 

 

Tombola de l'art

 Souk machines à Pantin, Yes We camp à Paris, 6B, Zone Sensible à Saint Denis… Des tiers-lieux pour mener des expérimentations et réinvestir la ville

 Tester, faire, expérimenter. Aujourd’hui, on passe volontiers le périph’ pour aller à la rencontre de nouvelles expériences culturelles.  Par exemple, A Saint Denis, Zone Sensible ouvert il y a un an est une ferme urbaine qui se définit comme « un lieu hybride de production d’art et de nourriture ».

Les expérimentations en cours dans ces lieux hybrides contribuent au développement d’un « vrai » urbanisme transitoire Le collectif Yes We camp a eu envie de capitaliser sur les savoirs-faires et de professionnaliser le métier. Il propose avec Ancoats notamment une formation pour échanger sur les pratiques et professionnaliser le métier : Le DU « Mise en Œuvre d’Espaces Communs » de l’Université Paris Est Marne La Vallée. La formation proposera des modules « de terrain », où les participants iront à la rencontre des créateurs de ces lieux.

 

DOC ! 26 Rue du Dr Potain, 75019 Paris

 Toute la programmation sur https://doc.work/

https://www.facebook.com/docpotain/

Diplôme universitaire « Mise en oeuvre d’espaces communs » :

http://yeswecamp.org/wp-content/uploads/2019/01/DU-presentation-de%CC%81roule%CC%81.pdf